La tension est à son comble depuis plusieurs mois dans le port de Cherbourg (Manche), où des dizaines de clandestins, souvent des Irakiens inexpulsables, tentent chaque nuit et de façon parfois violente de rejoindre la Grande-Bretagne.
“Nous sommes dans un chaudron qui ne va pas tarder à exploser”, estime Serge Henry, directeur d’exploitation à la Chambre de commerce et d’industrie de Cherbourg, chargée de la gestion du premier port transmanche après Calais.
“Aujourd’hui, les chauffeurs routiers ont tous ou presque des battes de base-ball dans leur cabine pour se défendre”, affirme-t-il, regrettant de devoir tous les matins faire réparer les grillages autour du port de commerce qui s’étend sur 15 ha.
Un investissement de 850.000 euros en juillet a permis de renforcer la sécurité, mais “rien n’y fait, ils sont prêts à tout pour passer”, juge M. Henry. Chaque nuit, plusieurs dizaines de clandestins, essentiellement des Irakiens, mais aussi des Iraniens, des Somaliens, des Palestiniens ou des Afghans, tentent de rejoindre la Grande-Bretagne.
“Bâches découpées, cargaisons endommagées, bagarres entre clandestins, passagers pris à partie, la liste des incidents est longue”, énumère Marie-Thérèse Chauvin, responsable de la compagnie Brittany Ferries à Cherbourg. “Tout ça est très, très mauvais pour le port, certains transporteurs menacent de s’en aller ailleurs”, s’inquiète-t-elle.
“Les tentatives de passage se font dans des conditions de plus en plus tendues et violentes”, confirme le député-maire PS de la ville, Bernard Cazeneuve. Elus locaux et associations humanitaires s’accordent à dire que les clandestins ont commencé à affluer à Cherbourg après la fermeture en 2002 du camp de Sangatte (Pas-de-Calais) décidée par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur.
“Les réfugiés se sont répartis dans tous les ports transmanche sans aucun contrôle”, estime Bernard Cazeneuve, qui compte poser la question de leur sort mardi à l’occasion de l’examen par les députés du projet de loi du ministre de l’Immigration Brice Hortefeux.
“Nous sommes dans une hypocrisie et une déresponsabilisation totale de l’Etat face aux prérogatives qui lui incombent”, juge le député, en se disant “totalement démuni” face au problème. (source)


